On a bâti tout un écosystème pour s’assurer qu’une entreprise survit à son transfert. Fiscalistes, avocats, planificateurs financiers, programmes de mentorat pour la relève : le Québec prend très au sérieux la question « est-ce que l’entreprise va continuer? ». D’ailleurs, le repreneuriat est devenu, depuis quelques années, plus fréquent que la création d’entreprise dans la province, une première historique [1].

La question qu’on oublie de poser

Par contre, il y a une question qu’on pose beaucoup moins souvent et c’est celle qui m’intéresse depuis quelques mois dans le cadre de ma maîtrise : qu’arrive-t-il au fondateur une fois que le contrat est signé?

Pour bien des entrepreneurs, l’entreprise n’a jamais été qu’un emploi. En effet, elle porte leur nom, reflète leurs valeurs, occupe une place qu’aucun autre rôle ne vient vraiment combler [2][3]. Ce n’est pas une opinion et la recherche en identité entrepreneuriale le documente depuis une bonne quinzaine d’années [4]. Voilà justement ce qui rend la sortie différente d’une retraite ordinaire. Autrement dit, on ne quitte pas seulement un poste, mais une partie de ce qu’on croyait être.

Ce que j’explore dans mon essai

Les dispositifs d’accompagnement actuels, aussi utiles soient-ils, passent largement à côté de cette dimension. Certes, ils outillent la vente. Cependant, ils outillent rarement la personne qui vend.

C’est justement l’angle mort que j’ai exploré dans mon essai de fin d’études : le rôle que pourrait jouer un accompagnement professionnel ciblé dans la reconstruction identitaire des entrepreneurs québécois après la sortie de leur entreprise. Pour ce faire, j’y croise la théorie de l’identité de rôle [4], les travaux d’Ibarra sur la reconstruction identitaire par l’expérimentation [5], ainsi que le modèle du stress de Lupien [6], afin de proposer un cadre qui relie fusion identitaire, stress, reconstruction et accompagnement.

Une observation qui vient aussi du terrain

Par ailleurs, rien de tout ça n’est purement théorique pour moi. Après dix ans à accompagner des dirigeantes et des dirigeants dans leur organisation, je vois régulièrement à quel point le rôle qu’on occupe finit par se confondre avec qui on est. Ainsi, la sortie d’entreprise n’échappe pas à ce phénomène ; elle l’expose peut-être plus crûment que tout le reste.

L’article complet, avec le cadre théorique détaillé et les propositions de recherche, est disponible ici.

Références :

  1. Repreneuriat Québec. (2026, février 26). Le repreneuriat comme moteur de développement du Québec inc. https://repreneuriat.quebec/blogue/relance-economique-du-quebec-grace-au-repreneuriat/
  2. Hoang, H., & Gimeno, J. (2010). Becoming a founder: How founder role identity affects entrepreneurial transitions and persistence in founding. Journal of Business Venturing, 25(1), 41‑53. https://doi.org/10.1016/j.jbusvent.2008.07.002
  3. Fauchart, E., & Gruber, M. (2011). Darwinians, Communitarians, and Missionaries: The Role of Founder Identity in Entrepreneurship. Academy of Management Journal, 54(5), 935‑957. https://doi.org/10.5465/amj.2009.0211
  4. Stryker, S., & Burke, P. J. (2000). The Past, Present, and Future of an Identity Theory. Social Psychology Quarterly, 63(4), 284. https://doi.org/10.2307/2695840
  5. Ibarra, H. (1999). Provisional Selves: Experimenting with Image and Identity in Professional Adaptation. Administrative Science Quarterly, 44(4), 764‑791. https://doi.org/10.2307/2667055
  6. Lupien, S. (2020). Le stress, c’est du CINÉ. Dans Par amour du stress (2e éd.). Va Savoir.
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